MAMA HERALD | NATURE 001 | 17.03.25
LE SINGE QUI NE SAVAIT PAS CHANTER
par Eustache Dupuis
En 1925, le Professeur Sol initia l'Expédition Polyphonique, une ambitieuse expédition visant à répertorier les sons de la Jungle Trouble. Cette mission marqua une avancée significative dans la découverte de la biodiversité sonore. Elle a permis d'identifier une trentaine de nouvelles espèces. Le Singe Hurleur, jusque-là inobservé, en est l'une des figures emblématiques.
Le Singe Hurleur de la Jungle Trouble, une forêt tropicale humide, située à l'est du Mamaland, est une espèce de primate endémique, découverte en 1926 par le Professeur Sol, à l'occasion de la très renommée Expédition Polyphonique. Ce singe est l'un des trois représentants de la famille des simii cantata.
Le cri de ce primate est réputé pour être le plus bruyant et cacophonique du règne animal. Son cri, souvent comparé à un concert chaotique de volatiles en détresse, peut atteindre jusqu'à 200 décibels. Cette tonitruante réputation lui a longtemps valu une image de créature gigantesque et menaçante auprès des populations locales. Les observations ultérieures ont révélé qu’il s’agissait en réalité d’un petit singe, doté d’une capacité pulmonaire exceptionnelle.
Animal crépusculaire, il arbore un pelage sombre lui permettant de se fondre efficacement parmi le feuillage de la canopée. Les oiseaux de proie et les petits félins arboricoles sont ses principaux prédateurs. Les jeunes peuvent également être dévorés par les serpents constricteurs, s'ils venaient à s'aventurer trop proche du sol. Le singe hurleur est presque sourd, mais peut repérer la moindre vibration à plusieurs kilomètres à la ronde, grâce à des sourcils imposants munis de capteurs sensoriels surdéveloppés. Son cri est capable de percer les tympans des plus grands animaux de la jungle.
Essentiellement frugivore, il se nourrit principalement des fruits de son arbre, le cancanier, un cousin du manguier, dont il ne descend qu'en de très rares occasions.
Ces primates s'organisent en groupes sociaux composés d'un ou deux mâles, pour trois à cinq femelles. Les mâles restent dans leur arbre toute leur vie. Arrivés à leur maturité sexuelle, les jeunes mâles partiront coloniser de nouveaux arbres-nids. Les femelles, quant à elles, migrent tous les trois à quatre ans d'un arbre à l'autre, parcourant parfois plusieurs dizaines de kilomètres. Ce comportement assure un brassage génétique important.
La structure sociale de l’espèce repose sur un mode de reproduction collaboratif : les nouvelles naissances ne surviennent qu’avec l’accord du groupe - un comportement collectif rare parmi les primates. Cette dynamique sociale complexe contribue à la stabilité et à la cohésion de leur communauté.

Singes hurleurs dans leur arbre-nid.

Singe hurleur mâle portant sa collerette de parade nuptiale.
AMOUR ET TINTAMARRE
Le singe hurleur est réputé pour son rituel nuptial singulier. Lors de la saison des amours, tous les trois à quatre ans environ, les mâles détachent une jeune fleur de leur arbre et la place autour de leur tête, comme une collerette, amplifiant ainsi leurs cris destinés à attirer leurs nouvelles partenaires. Ce phénomène acoustique spectaculaire peut durer pendant plus d'un an en raison des critères de sélection particulièrement exigeants des individus. Les scientifiques attribuent l'espacement des périodes de reproduction chez le Singe Hurleur à deux facteurs principaux. Premièrement, la survie des jeunes est optimisée lorsque l'ensemble du groupe participe à leur soin. Deuxièmement, cet espacement coïncide avec l'arrivée à maturité des jeunes cancaniers. En synchronisant les naissances avec la disponibilité des nouveaux arbres-nid, les Singes Hurleurs évitent des conflits territoriaux, potentiellement dévastateurs. Ces adaptations comportementales témoignent de la complexité des dynamiques sociales chez le Singe Hurleur.
OPÉRA (PRESQUE) FATALE
Si le singe hurleur a bien faillit disparaître à cause de ses vocalises, il a pourtant permis de découvrir le remède contre les extinctions de voix.
Ce primate descend rarement de son arbre. Cependant, un rituel particulier se déroulant immédiatement après la saison des amours a été observé. Lors de ce rituel, les primates mâles placent des fruits en putréfaction et leurs propres déjections au pied de la Cobra melaa, une plante carnivore géante, avant d'enfouir tour à tour leur visage dans la collerette de la fleur, pour une durée de trente minutes à une heure. Des analyses ont révélé que la plante contenait une molécule particulière, semblable à du miel, formée par les restes d'insecte digérés, et de ses sucs gastriques. Cette substance agit comme un remède naturel contre l'extinction de voix - problème fréquent chez ces primates. La chaleur dégagée par les fruits en putréfaction et les déjections jouent un rôle crucial dans le processus. Ils permettent de reproduire naturellement les propriétés d'un système d'inhalation.

Singe hurleur procédant à ses inhalations.